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L'histoire de Mayotte : des origines au 101ᵉ département

Au carrefour des routes marchandes de l'Afrique bantoue, de Madagascar et de l'Orient, Mayotte a forgé son identité au fil de siècles de brassage culturel et d'épreuves historiques. Ce dossier réunit les repères archéologiques, politiques et juridiques qui expliquent la trajectoire unique de l'île au sein de la République française.

Mis à jour le

Iᵉʳ millénaire – XVIIIᵉ siècle

Les origines : creuset bantou, sultanats et réseau swahili

Les fouilles archéologiques font remonter les plus anciennes traces d'occupation connues à la seconde moitié du Iᵉʳ millénaire, avec des populations d'origine bantoue venues des côtes d'Afrique orientale. Dès le IXᵉ siècle et jusqu'au XIIIᵉ siècle, Mayotte s'insère au cœur des circuits d'échanges régionaux reliant le littoral africain, l'archipel des Comores et Madagascar.

L'arrivée de clans arabo-chiraziens à partir du XIIᵉ siècle diffuse l'islam sunnite ainsi que la civilisation swahilie. Cette dernière façonne le paysage social insulaire, structuré par la suite en sultanats rivaux qui se disputent le contrôle des passes et du trafic maritime. Au XVIᵉ siècle, des navigateurs portugais puis français reconnaissent l'archipel et l'utilisent comme escale de ravitaillement sur la route des Indes.

Tsingoni, capitale du sultanat chirazien

Au XVIᵉ siècle, le pouvoir s'établit à Tsingoni. Bâtie en pierre de corail, sa mosquée abrite un mihrab sculpté d'une rare finesse, daté de 1538. Classée monument historique, c'est la plus ancienne mosquée encore en activité en France.

La mosquée historique de Tsingoni à Mayotte

La mosquée de Tsingoni, classée monument historique. Photo : 976-Mayotte.yt

Repère toponymique · « Djezirat al Maouat »

Selon une étymologie souvent avancée, le nom moderne de Mayotte dériverait de la racine locale Maore (ou Mawuti), elle-même issue de la formule arabe médiévale « Djezirat al Maouat » (« l'île de la mort »). Ce terme désignait les redoutables récifs de corail ceinturant le lagon, dont la dangerosité provoquait le naufrage fréquent des navires étrangers tentant de mouiller sans pilote.

Fin XVIIIᵉ – Début XIXᵉ siècle

Le temps des tourments et l'effondrement démographique

À la fin du XVIIIᵉ siècle et durant les premières décennies du XIXᵉ siècle, Mayotte subit des crises successives qui menacent sa survie : incursions et razzias menées par des flottes de pirogues sakalaves et betsimisarakas venues de Madagascar pour la traite négrière, pillages répétés et luttes d'influence entre souverains d'Anjouan et de la Grande Comore.

1790 – 1820

Époque de dévastation marquée par les expéditions de pillage et les captures d'esclaves par les assaillants malgaches.

~ 3 000 habitants

Population résiduelle estimée vers 1840, résultat des famines, des épidémies, des massacres et des déportations.

1846

Abolition de l'esclavage à Mayotte par ordonnance royale, devançant de deux ans le décret d'émancipation nationale de 1848.

1841 – 1958

L'entrée dans la France et les tensions administratives

Acculé par les prétentions des souverains d'Anjouan et de Mohéli, le sultan d'origine malgache Andriantsouli prend une décision déterminante : le 25 avril 1841, il cède la souveraineté de Mayotte à la France, représentée par le commandant Pierre Passot. Ratifié par la France en 1843, le traité fait de Mayotte une possession française, en échange d'une rente versée au sultan et d'une garantie de protection.

Dans les décennies suivantes, la présence française se réorganise à l'échelle régionale :

  • 1886 – 1892 : La France instaure son protectorat sur les trois autres îles comoriennes (Grande Comore, Anjouan, Mohéli), placées sous l'autorité directe du gouverneur résidant à Mayotte.
  • 25 juillet 1912 : Une loi rattache administrativement la colonie de « Mayotte et Dépendances » au gouvernement général de Madagascar.
  • 1946 : L'archipel accède au statut de Territoire d'Outre-mer (TOM) au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec Dzaoudzi pour chef-lieu.
  • Après 1958 : Dès la promulgation de la Constitution de la Vᵉ République, la cohabitation se dégrade. Le transfert du chef-lieu de Dzaoudzi vers Moroni, décidé en 1958 et achevé en 1966, prive Mayotte d'une grande partie de son activité, et de nombreux Mahorais s'estiment délaissés par les autorités du territoire. Cette situation déclenche une résistance civique menée par les Soroda et le mouvement des Chatouilleuses (avec Zéna M'Déré), fermement engagées pour le maintien de l'île dans la République.
1974 – 1979

Les scrutins d'autodétermination et le verrou législatif

Lors de la consultation du 22 décembre 1974 portant sur l'indépendance de l'archipel, le décompte séparé île par île confirme la volonté des Mahorais : 63,8 % des suffrages choisissent la France. Ce verdict est renouvelé le 8 février 1976 avec un score de 99,4 % en faveur du maintien dans la République.

Les garanties statutaires de l'État

  • Loi du 24 décembre 1976 : Création d'un statut transitoire de Collectivité Territoriale de la République.
  • Loi du 22 décembre 1979 : Principe juridique de libre disposition : « L'île de Mayotte fait partie de la République française et ne peut cesser d'y appartenir sans le consentement de sa population. »
2000 – 2001

L'Accord sur l'avenir et la décentralisation de l'exécutif

Le 27 janvier 2000, après un long processus de négociation, l'accord sur l'avenir de Mayotte est signé par le Secrétaire d'État à l'Outre-mer, le Président du Conseil Général et les principales forces politiques de l'île. Soumis au suffrage universel local le 2 juillet 2000, il est ratifié à 72,94 % par la population.

La loi n° 2001-616 du 11 juillet 2001 concrétise ce résultat :

Points clés de la loi du 11 juillet 2001

  • Attribution du statut de « Collectivité Départementale ».
  • Décentralisation des pouvoirs : Transfert effectif du pouvoir exécutif territorial des mains du Préfet à celles du Président du Conseil Général, conformément aux règles issues de la loi de décentralisation du 2 mars 1982.
28 mars 2003

L'inscription de Mayotte dans la Constitution

La loi constitutionnelle du 28 mars 2003 intègre expressément Mayotte au sein de la Loi fondamentale (nouvel article 72-3) :

« La République reconnaît, au sein du peuple français, les populations d'outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité. La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon, les îles Wallis et Futuna et la Polynésie française sont régis par l'article 73 pour les départements et les régions d'outre-mer [...], et par l'article 74 pour les autres collectivités... »

Encadrement des évolutions statutaires (échéance 2010)

  • Aucun changement de régime ne peut s'opérer sans le consentement préalable des électeurs.
  • Toute modification statutaire est obligatoirement décidée par une loi organique.
  • Si la consultation est initiée par le Gouvernement, une déclaration préalable suivie d'un débat solennel doit se tenir devant chaque assemblée.
  • Le champ de l'article 74 ouvre les modalités nécessaires à l'adaptation de la spécialité législative et à la redistribution des compétences publiques.
21 juillet 2003 – 2010

Droit commun : fonction publique et égalité civile

La loi de programme pour l'Outre-mer du 21 juillet 2003 engage des investissements publics majeurs et franchit des étapes décisives vers l'alignement républicain :

1. Intégration des agents dans les trois fonctions publiques (titre VI bis et art. 64-II)

Application du statut général des fonctionnaires (loi du 13 juillet 1983) et des dispositions sectorielles :

  • Loi du 11 janvier 1984 (Fonction publique de l'État) ;
  • Loi du 26 janvier 1984 (Fonction publique territoriale) ;
  • Loi du 9 janvier 1986 (Fonction publique hospitalière).

L'intégration des agents titulaires de la collectivité départementale, des communes et des établissements publics s'est échelonnée du second semestre 2004 jusqu'au 31 décembre 2010, sous le contrôle de décrets en Conseil d'État.

2. Fin des spécificités du statut civil personnel

Alignement sur les principes républicains de l'état civil :

  • Interdiction de la polygamie pour toute personne atteignant l'âge de se marier à compter du 1ᵉʳ janvier 2005.
  • Abolition définitive de la répudiation unilatérale de la femme.
  • Instauration d'une égalité stricte entre filles et garçons en matière successorale.
31 mars 2011

L'accession au statut de 101ᵉ département français

Après l'approbation massive de la population lors du référendum du 29 mars 2009 (95,2 % de votes favorables), la loi organique abroge le principe de spécialité législative. Le 31 mars 2011, Mayotte devient officiellement le 101ᵉ département français et une collectivité unique régie par l'article 73 de la Constitution. Au 1ᵉʳ janvier 2014, le territoire accède également au statut de Région Ultrapériphérique (RUP) au sein de l'Union européenne.

2024 – 2025

Le cyclone Chido et la loi de refondation

Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido dévaste l'île (voir la page Cyclone Chido). En août 2025, une loi de programmation pour la refondation de Mayotte prévoit environ 4 milliards d'euros d'investissements jusqu'en 2031, et une loi organique donne à la collectivité le nom de Département-Région de Mayotte.

Rade de Dzaoudzi et paysage historique de Mayotte au XIXe siècle

Document d'époque : vue historique de Mayotte (Wikimedia Commons)

Questions fréquentes

Depuis quand Mayotte est-elle française ?

Le sultan Andriantsouli a cédé Mayotte à la France par le traité du 25 avril 1841, ratifié en 1843. Lors des consultations de 1974 et 1976, les Mahorais ont choisi de rester français, contrairement aux trois autres îles des Comores.

Quand Mayotte est-elle devenue un département ?

Après le référendum du 29 mars 2009, approuvé par 95,2 % des votants, Mayotte est devenue le 101e département français le 31 mars 2011. Elle est aussi région ultrapériphérique de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2014.

Sources et vérification

  • Inrap - Digithèque MJP - Persée - Conseil constitutionnel - Gouvernement